« Les banlieues ont le droit à l’indifférence ! »

Vincent Tiberj est un sociologue. Il suit ce que les medias écrivent sur ce qu’il se passe en banlieue et particulièrement sur les jeunes. Il demande aux journalistes d’arrêter de faire la différence entre les banlieues des grandes villes et le reste du pays, en ne parlant que de choses négatives.

«Les médias parleront plutôt d’une bibliothèque qui brûle que des gens qui y vont pour lire et travailler. On montre de préférence les images négatives des banlieues. Cela entraîne un problème social et un problème d’interprétation.» Vincent Tiberj explique que, par exemple, à Villiers le Bel, les émeutes de novembre dernier ne symbolisent pas la vie des gens de la ville. « Pourquoi les médias ne montrent-ils pas les habitants qui vont acheter des baguettes ou du café ? ». Pour le sociologue, cela donne une image de « guerre civile » : «Les journalistes étrangers disaient que la France était en feu lors des émeutes de 2005 !». Les reportages influencent l’opinion. Ils donnent le sentiment que les jeunes sont mal intégrés ou en échec scolaire. Après les émeutes de 2005, la xénophobie a augmenté. Le pourcentage des Français qui disaient que l’immigration était un problème est passé de 48 à 64 % en quelques mois.

«Comme la plupart des gens ne mettront jamais les pieds en banlieue, ils ne peuvent pas constater par eux-mêmes que les médias se trompent de problème », explique Vincent Tiberj. Les jeunes veulent s’en tirer et réussissent en majorité. Si certains employeurs ne veulent pas employer les jeunes de banlieue, c’est par manque de confiance. « Quand un jeune issu de l’immigration est apprécié dans son travail, on pense qu’il est une exception, explique le sociologue. La banlieue devrait avoir droit à toute l’égalité. Il faut lutter contre les préjugés et pour le droit à l’indifférence, le droit d’être banal. » Mais c’est dur pour les jeunes de banlieue. Ils se sentent français mais la société les néglige, ce qui crée un séparatisme. Dans l’imaginaire de la société, la couleur de peau joue. Cet été, le journaliste Harry Roselmack a été choisi par TF1 parce qu’il était noir. « Dans les yeux de la société, celui qui est noir n’est pas d’ici. Pour beaucoup, être français, c’est être blanc et peut-être aussi catholique ». Vincent Tiberj réclame le droit à l’indifférence, c’est-à-dire à devenir banal, pour les français de toutes les origines et pour la banlieue. « La société ne prend plus ses responsabilités face aux jeunes. Il faut qu’elle change mais c’est très dur de lutter contre les préjugés ! ». Heureusement, chaque nouvelle génération est plus ouverte que celle d’avant. Les Français de 18-24 ans sont plus favorables à l’immigration que ceux de plus de 65 ans : « Les générations qui arrivent seront moins racistes, espérons que l’image de la banlieue changera aussi dans les médias ».

Aïda Traoré, 16 ans.

Photos : Mathieu, Guvenç et Céline.

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